Un simple masque
Le masque, objet simple qui nous protège du Covid-19 est un lien à la mort pour beaucoup de victime d’agression.
Dans cet article, une victime témoigne de l’explosion de cette mémoire traumatique et des sensations et émotions qui y sont rattachés. Un témoignage poignant de réalité et de simplicité.
Regard de psy
Après ces semaines passées confinées, nous pouvons enfin sortir, une liberté presque retrouvée avec toutefois quelques consignes. Quelques consignes amenées à nous protéger : la distance d’1 mètre à respecter et le port du masque obligatoire dans certaine situation et tout au moins fortement recommandé.
Ce masque se veut donc protecteur face au Covid-19. Mais, ce ne sera pas si simple que cela pour certaines personnes. En effet, pour les victimes d’agression, ce masque peut représenter le danger voire l’expérience du réel de la mort.
Imaginez, cette personne, victime d’un agresseur qui la bâillonne pour ne pas l’entendre crier. Ne pas entendre ce cri de désespoir, ce cri qui hurle à la fois la mort et le désir de vivre. Ce cri qui représente aussi, pour la victime qui se voit mourir, un dernier souffle de vie. Ce masque représente alors tout cela, l’agression, la violence, la peur, la mort…
Comment supporter ce bâillon devant la bouche quand il est un ancrage négatif, un retour direct et sans escale à la réalité de l’agression passée ? Car ce masque fait exploser cette mémoire traumatique. Il fait alors revivre à l’identique, avec le même effroi et la même détresse, les événements, les émotions et les sensations qui y sont rattachés.
Dans ce contexte, comment supporter ce masque et toutes ces émotions terrifiantes qu’il fait revivre ?
Parole de victime
C’est ce que nous rapporte ici Mathilde, dans un témoignage poignant de réalité et de simplicité.
« Durant cette crise sanitaire si particulière, la période de confinement se passe bien pour moi. Mon mari va faire les courses de temps en temps et 2 fois par semaine environ nous allons nous promener dans des endroits quasi déserts. Tout va bien jusqu’à l’annonce du déconfinement. Et là, l’inattendu me tombe dessus. Je ressens un mal-être, avec sommeil et alimentation perturbés. Un ressenti diffus où se mêlent crises d’angoisse et sentiment d’un danger imminent, inexplicable, non lié à la peur d’attraper le Covid-19. Non, c’est autre chose, quelque chose qui vient de loin, qui est niché au plus profond de moi.
Au bout de quelques jours, je comprends que c’est le port du masque qui va me poser problème.
Victime de violences sexuelles dans mon enfance et mon adolescence, je réalise que le masque symbolise la main de l’agresseur. Cette main qui me bâillonne, qui m’étouffe, qui m’empêche de crier. En fait, le masque représente un danger.
Il me faut quelques jours pour apaiser cette peur ressurgie de mon passé. Face à cette situation, je mets en place les stratégies apprises lors de mes séances de psychothérapie. J’identifie le plus clairement possible toutes mes émotions. Cela me permet d avoir les bonnes réactions et passer à l’action, c’est-à-dire mettre un masque qui va me protéger et protéger les autres. Il m’a fallu quelques heures pour arriver à l’accepter, à le supporter sur mon visage, à le considérer comme un protecteur.
Voilà, c’est l’histoire d’un masque, d’un simple masque … qui m’a replongé dans mon enfance. Grâce à lui, j’ai compris, sans culpabilité, qu’aujourd’hui encore, la petite fille en moi avait parfois besoin d’être consolée et rassurée.
Et, paradoxalement, dans cette situation difficile, il me permet de me projeter dans mon avenir avec plus de sérénité et de confiance. Je nous souhaite le meilleur à venir. »
Mathilde
Un grand merci à Mathilde pour ce cadeau qui, je l’espère, contribuera à soulager bon nombre de victimes.